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Si la mort vous excite...

Banc Public n° 121 , Juin 2003 , Frank FURET



Les Etats-Unis, et l'ensemble des pays occidentaux sont plongés dans une crise économique et politique grave. Suite à l'éclatement de la bulle spéculative lié aux " nouvelles technologies ", les inégalités explosent, les scandales à répétition montrent qu'une petite minorité de profiteurs s'enrichit sur le dos de l'ensemble de la planète. Face au mécontentement croissant, les politiciens utilisent-ils cette vieille recette ? Rien de tel qu'une bonne guerre? Détournons les conflits internes vers l’extérieur? Selon Pierre Clastres (1) qui étudie les sociétés primitives d’Amérique du Sud, les chefferies ont beaucoup plus d’autorité en temps de guerre qu’en temps de paix, ce qui expliquerait bien des conflits. 31.000.000 d'Américains, soit un sur huit, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Tandis qu'un Américain sur neuf est analphabète et qu'un sur six ne bénéficie d'aucune assurance-santé. Les sans-abris sont si nombreux (100.000 rien qu'à New York) que dans certaines municipalités, il leur est interdit de quémander.

 


La récession économique frappe les USA depuis le krach en avril 2000 du NASDAQ, la bourse des valeurs technologiques, du aux surévaluations des titres de Microsoft ou Yahoo, la faillite d’Enron , de Worldcom, de Tyco. ..Wall street a été ébranlée ; c’est dans ce contexte que les attentats de new York ont été commis. En 2001, un million de personnes ont perdu leur emploi. La crise économique a frappé les détenteurs de capitaux car les titres ne rapportent plus suffisamment ; ils ont réagi et imposé des solutions drastiques : on licencie beaucoup. L’élite américaine cherche d’urgence une solution qui va lui permettre de prospérer à nouveau. Aujourd'hui, selon le magazine américain Fortune, un directeur d'entreprise gagne en moyenne 2,8 millions de dollars. Soit plus de quinze millions FF et près de cent millions FB. (2). Le modèle économique américain prend du plomb dans l’aile. La récession réduit les moyens financiers de la puissance américaine et donc de son pouvoir économique (risque de chute du dollar, abandon de l’usage du dollar comme moyen international de payement.)

 

Si la puissance économique américaine est affaiblie, cela peut susciter l’émergence de compétiteurs de taille équivalente : l’Europe, la Chine, le japon pourraient s’engager dans des chemins plus autonomes ; il pourrait se créer en Asie un bloc économique et politique où les USA ne seraient plus la force dominante, le dollar ne serait plus la monnaie utilisée partout, les multinationales américaines ne seraient plus dominantes au niveau mondial. Dans la campagne de falsification acteuellement menée en interne aux USA, on perçoit en outre la poursuite d’une révolution conservatrice, menée par George Bush et la frange la plus à droite des républicains, contre les évolutions politiques et sociales qui ont eu lieu ces dernières années en Amérique et dans le monde : l’affirmation des droits de l’individu, la montée en puissance de l’écologie, la défense des minorités sexuelles, des femmes, le multiculturalisme, les excuses faites aux peuples pour les erreurs du passé, le retour sur les expériences racistes ou colonialistes, les voix de plus en plus nombreuses demandant réparation des dégâts de la mondialisation, etc¼

Austérités...

En 21 mois, l'administration Bush a déjà réclamé plus de 150 milliards de dollars de nouvelles dépenses pour l'armement, alors que les dépenses pour la sécurité interne ont doublé : passant de 18 à 38 milliards. De vrais flambeurs. Mais, pingre chrétienne, la même administration a réussi à réduire de 39 millions de dollars le budget des bibliothèques fédérales, à réduire de 35 millions de dollars le budget du programme de formation en médecine pédiatrique avancé, à réduire de 50% le budget de la recherche sur les énergies renouvelables, à repousser l'émission du règlement réduisant les niveaux "acceptables" d'arsenic dans l'eau potable, à réduire de 28% le budget du programme de recherche pour des véhicules moins polluants et moins consommateurs d'énergie, à abolir la législation permettant à l'État de refuser tout contrat public aux entreprises qui violent les lois fédérales, les lois de protection de l'environnement et les règles de sécurité sur le lieu de travail, permettre à la secrétaire de l'Intérieur Gale Norton d'explorer la possibilité d'ouvrir les parcs nationaux à l'exploitation forestière et minière et aux forages pétroliers et gaziers, à renier ta promesse de campagne d'investir 100 millions de dollars par an dans la protection des forêts tropicales, à réduire de 86% le programme communautaire d'accès aux soins, qui organisait la coopération des hôpitaux publics, des cliniques privées et autres prestataires pour venir en aide aux malades dépourvus d'assurance médicale, à réduire à néant une proposition visant à accroître l'accès du public aux informations sur les conséquences potentielles des accidents chimiques industriels, à réduire de 60 millions de dollars le programme de logements sociaux de ,la fondation d'aide à l'enfance à refuser de signer l'accord de Kyoto sur l'effet de serre, contre la volonté de 178 pays , à rejeter un accord international ayant pour but l'application du traité de 1972 bannissant les armements micro biologiques, à réduire de 200 millions de dollars le budget des programmes de formation des travailleurs au chômage, à réduire de 200 millions de dollars le Fonds pour l'enfance et le développement, un programme qui permet aux famille à bas revenus de faire garder leurs enfants pendant es heures de travail, à éliminer la couverture des contraceptifs prescrits médicalement pour les fonctionnaires de l'administration fédérale (alors que le Viagra est encore couvert), à réduire de 700 millions de dollars le budget de réhabilitation des logements sociaux, à réduire d'un demi milliard de dollars le budget de l'EPA (agence de protection de l'environnement), à abolir les directives concernant les règles d'hygiène et de sécurité sur les lieux de travail. à renier ta promesse de campagne de réguler les émissions de dioxyde de carbone qui contribuent fortement à l'effet de serre à interdire l'attribution d'aides d'origine fédérale aux organisations internationales de planning familial qui fournissent !des conseils ou des services en matière d'IVG, fussent-elles financées sur fond propres, à nommer responsable en matière d'hygiène et de sécurité minières auprès du ministère du Travail un ancien dirigeant d'une entreprise minière, Dan Laurier, à nommer sous secrétaire au ministère de l'Intérieur Lynn Scarlett, un fonctionnaire qui ne croit pas à l'effet de serre et qui s'oppose à l'introduction de règles plus contraignantes contre la pollution atmosphérique à approuver le projet controversé du ministère de l'Intérieur Gale Norton, qui consiste à mettre aux enchères des fonds marins proches de la côte est de la Floride aux fins d'exploitation pétrolifère et gazière, à prévoir l'autorisation de forages pétroliers dans une aire protégée du Montana, la Lewis and Clark National Forest, à menacer de fermer le Bureau de lutte contre le sida de la Maison Blanche, à décider de ne plus consulter l'Association américaine du barreau en matière de nomination des juges fédéraux, à refuser toute aide financière aux étudiants condamnés pour des délits de toxicomanie mineurs (alors que les personnes condamnées pour assassinat ont toujours droit à ces aides) à dégager seulement 3% du montant défini par les avocats du département de la justice pour le budget alloué aux poursuites de l'administration contre l'industrie du tabac, à faire passer ton projet de baisse d'impôts qui profite, pour 43% au 1% des Américains les plus fortunés, à signer un décret qui rend beaucoup plus difficile aux Américains disposant de revenus faibles ou moyens de se déclarer en faillite personnelle, même quand ils font face à des dépenses médicales exceptionnelles, nommé directeur du personnel de la Maison Blanche Kay Cole James, une adversaire de la discrimination positive en faveur des minorités, réduit de 15,7 millions de dollars le budget du programme contre la maltraitance des mineurs, proposé l'élimination du programme "Lire, c'est fondamental", qui permettait de distribuer gratuitement des livres aux enfants de familles pauvres, stimulé le développement d'armements "micro nucléaires" destinés à atteindre des cibles souterraines et ce en violation du traité d'interdiction des essais nucléaires, essayé d'éliminer une législation protégeant 24 millions d'hectares de forêts contre toute forme d'exploitation forestière et contre la construction de routes, fait nommer responsable du contrôle des armements et des questions de sécurité internationale John Bolton, adversaire des traités de non-prolifération et hostile à l'ONU, fait nommer une dirigeante de Monsanto, Linda Fisher, comme administratrice adjointe de l'Agence de protection de l'environnement fait nommer à un poste de juge fédéral Michael McConnel opposé à la séparation de l'Église et de État, éliminé la date butoir de 2004 accordée aux constructeurs d'automobiles pour développer des prototypes de véhicules plus économes en carburant, fait nommer à la tête du programme gouvernemental de lutte contre la drogue John Walters, adversaire du traitement des toxicomanes incarcérés, proposé d'améliorer la procédure d'autorisation de la construction de barrages et de centrales nucléaires, y compris en affaiblissant les critères de protection de l'environnement, il a enfin proposé la vente de zones de forage gazier et pétrolier dans les aires protégées de l'Alaska. (3)

Un humanitarisme pétrolier

L'opposition anti-américaine a pris des proportions considérables en Arabie Saoudite. A tel point que certains dirigeants américains demande qu'on range désormais ce pays parmi les ennemis des Etats-Unis (15 des 19 pirates de l'air du 11 septembre étaient saoudiens). Or, les USA dépendent très largement du pétrole de l'Arabie Saoudite. Comme les Etats-Unis sentent que l'Arabie Saoudite leur échappe ils tenteraient de repositionner leurs intérêts dans la région. Ils ont besoin du pétrole irakien pour pouvoir être plus ferme avec les dirigeants saoudiens. Le pétrole Irakien serait non seulement le plus abondant au monde mais aussi le moins cher à l'extraction.. Un rapport publié le 26 octobre 2002 par la Deutsche Bank, établi sur le travail d’organisations gouvernementales étasuniennes estime que Les premières gagnantes de la guerre seront les entreprises de services pétroliers, telles Schlumberger Ltd et Halliburton Co . A ces sociétés reviendra la tâche de «rétablir les installations pétrolifères bombardées», avec pour but d’augmenter la production de 3 à 4 millions de barils par jour et couvrir ainsi le coût des travaux, estimé à 1,5 milliard de dollars.

« Etant donné que Saddam Hussein a favorisé des entreprises françaises, russes et chinoises, en finalisant avec elles (y compris des compagnies italiennes) des accords pour l’exploitation du pétrole irakien, alors que les multinationales étasuniennes ainsi que l’anglo-étasunienne BP Amoco en ont été exclues, ces accords auraient été honorés si Saddam Hussein était resté à la tête du pays, mais, s’il en était éloigné, de grandes man½uvres s’ouvriraient autour des gisements irakiens», peut-on lire dans le rapport. Et dans cet Irak qui deviendra le prochain «protectorat» de Washington, les compagnies étasuniennes devraient tirer leur épingle du jeu.

Quelle est la visée de ces man½uvres? L’Energy Information Administration (EIA), une organisation gouvernementale étasunienne, explique que l’Irak possède des réserves de pétrole consistantes atteignant, en 2002, les 112 milliards de barils. Ce «trésor» vient après celui de l’Arabie Saoudite qui compte 262 milliards de barils. Aux réserves irakiennes connues s’ajoutent celles qui ont été découvertes, ces dernières années, dans le désert occidental, une zone que, selon une information diffusée par l’Associated Press, le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a proposé, à George W. Bush, d’occuper «préventivement» par une «opération conjointe».

Les barils retrouvés devraient avoisiner le chiffre de 220 milliards de barils. Mais, poursuit l’EIA, «étant donné que le pays est resté en grande partie inexploré à cause de la guerre, leur nombre pourrait être plus élevé». Globalement, les réserves de pétrole irakien se situeraient alors autour des 332 milliards de barils, ce qui veut dire que Bagdad détient la palme mondiale, devant l’Arabie Saoudite. De leur côté, les Etats-Unis ne disposent que de 22 milliards de barils. Selon le rythme de consommation actuel, le brut étasunien ne durerait que onze ans, alors que les fûts irakiens pourraient alimenter les besoins en énergie pour plus d’un siècle et demi. Or il faut savoir que Washington dépend de plus en plus des importations de pétrole.

Bush Cheney and Co...

En occupant l’Irak, les Etats-Unis disposent d’énormes réserves de pétrole à bas prix. La mainmise sur le brut irakien va permettre à Washington d’affaiblir l’OPEP, le cartel des pays producteurs de pétrole. Qui plus est, le contrôle du robinet de Bagdad libérerait l’Oncle Sam de la dépendance vis-à-vis de l’Arabie Saoudite, un pays devenu peu fiable aux yeux des Etats-Unis, et lui offrirait l’opportunité d’influer sur la fixation des prix. Washington pourrait également diriger l’effet de concurrence du pétrole irakien contre la Russie, mais surtout contre l’Union européenne et le Japon. Ces derniers dépendent respectivement à hauteur de 30% et 81% du brut du Golfe.

Voilà pourquoi le contrôle des vannes pétrolières de Bagdad est devenu un objectif prioritaire pour les Etats-Unis. Sans oublier les visées de la puissante «connection» du brut, très présente au sein de l’administration de George W. Bush, le représentant maximus du lobby pétrolier américain, secondé par le vice-président, Dick Cheney, qui était jusqu’à hier le directeur général de la compagnie Halliburton Co, la «première gagnante» de la guerre en Irak.

Les contrats avec les compagnies pétrolières

Cinq compagnies dominent l’industrie pétrolière: deux américaines, deux britanniques et une française. Comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont les principaux pays qui veulent renforcer les sanctions contre l’Irak, les positions stratégiques ont radicalement changé depuis dix ans. Les compagnies américaines et britanniques qui ont eu quelque 3/4 de la production du pétrole irakien avant la nationalisation en 1972 de l’Irak Petroleum Company, se sont fait damer le pion par les Russes et les Français. D’autres pays sont entrés dans la course au pactole irakien: la Chine, l’Inde, le Japon et l’Allemagne (entre autres joueurs majeurs). Depuis 1990, la compagnie russe Lukoil, la National Petroleum Corporation de Chine et la française Total-Fina-Elf discutaient contrats avec le gouvernement irakien. Lukoil (Russie) a signé un accord en 1997 pour exploiter les champs pétroliers de Qurna-Ouest et la Chine a eu le contrat pour la région de Rumailah-Nord. La France a obtenu le développement du champ fabuleux de Majnun. Depuis quelques semaines, selon “The Economist”, l’Irak a signé des contrats additionnels avec l’Italie (Eni), l’Espagne (Repsol YPF), la Russie (Tatneft), la France (TotalFinaElf), la Chine, l’Inde, la Turquie (entre autres).


L’Irak doit à la Russie plusieurs milliards de dollars en armement depuis sa guerre contre l’Iran. La Russie renifle les nappes de pétrole de Qurna-Ouest où ses contrats sont de l’ordre de 3,5 milliards de dollars pour des réserves fabuleuses de quelque 13 milliards de barils et n’est pas trop exigeante quand à la dette. Les rapports Irak-Russie se sont dégradés récemment.

Mais alors que les Russes croyaient que les Irakiens acceptaient le report de travaux en raison des sanctions de l’Onu qui avaient été prolongées, les Irakiens avertissaient la compagnie russe Lukoil qu’elle perdrait le contrat si le travail ne commençait pas rapidement à Qurna-Ouest. De même, en octobre 2000, le ministre irakien du pétrole s’impatiente de la lenteur des travaux chinois. En mars 2001, le sous-ministre irakien du pétrole annonce que des négociations sont en cours avec Shell et que les contrats avec la Chine et la Russie pourraient être annulés. En octobre 2002, le président de Lukoil, Vagit Alekperov, affirmait que le contrat de Qurna-Ouest "serait maintenu quoiqu’il arrive en Irak”, ce en quoi il affirmait avoir les garanties de son Président Vladimir Poutine. Les Russes étaient fatigués des rapports commerciaux avec Saddam. Les Chinois sans doute tout autant.

Aaaah, nous les Irakiens on les aime bien...

La France a aussi d’énormes intérêts pétroliers en jeu en Irak. Mieux ! Elle a une doctrine, la doctrine Chirac. Des liens intimes unissent Chirac et Saddam. Ils se rencontrèrent la première fois en 1975, alors que Chirac était Premier ministre, leurs relations furent instantanément chaleureuses. Les gaullistes, dont Chirac est le chef, ont fait à Saddam l’honneur ultime de lui composer en 1988 un livre intitulé “Saddam, le De Gaulle irakien”. Chirac fut le premier leader français à rendre visite à Bagdad, alors que Saddam était encore le vice-président de l’Irak. En 1976, Saddam se rendit en visite officielle en France, où Chirac le reçut en chef d’Etat. Saddam démontra explicitement sa reconnaissance avec un contrat par lequel l’Irak s’engageait à accorder aux compagnies françaises de nouveaux privilèges d’exploration et de forage, en plus de 23pc des ressources en pétrole de l’Irak. En contre partie de quoi Chirac approuva la construction d’une centrale nucléaire qui devait être le principal élément de l’arme nucléaire irakienne. La France vendit aussi pour 20 milliards d’armement à l’Irak.

Chirac était persuadé qu’il pouvait persuader Saddam, c’était le postulat de la doctrine Chirac. Son plan d’action est divisé en deux phases, selon Amir Taheri, rédacteur en chef du magazine français “Politique Internationale”. La première phase consistait à bloquer les résolutions du Conseil de Sécurité contre le régime de Saddam et la seconde à faire des changements “raisonnés” à l’intérieur de son régime. Dans la première phase, les inspecteurs resteront aussi longtemps que nécessaire, peut-être 18 mois ! La France s’opposera systématiquement avec son droit de veto à une résolution qui compromettrait la survie politique de Saddam. Ce qui aurait mené à l’été 2004. Chirac prévoyait une opposition croissante à la guerre que ni Bush ni son opposant démocrate n’oseraient alors raviver. Dans la deuxième phase, les Français, forts d’avoir sauvé in extremis Saddam, auraient pu le rendre sensible à leurs arguments pour des changements en douceur que Saddam auraient alors fait sans contrainte. Chirac avait plusieurs suggestions “raisonnables” pour Saddam Hussein, comme celle de proclamer des amnisties, de permettre aux exilés politiques de revenir, de donner droit de cité au parti communiste irakien et aux deux partis kurdes, etc.. Le seul problème: la crédibilité de Saddam comme démocrate était nulle. Pourquoi les Français ont-ils propagé des illusions de cette nature ? Fort simple: l’Irak de l’après-Saddam ne sera pas favorable à Total-Fina-Elf !

Il est pas si mal Saddam, dans le fond ...

Le leader du Congrès National Irakien (CNI) basé à Londres, Ahmed Chalabi, (4) a déclaré, après une rencontre avec des dirigeants de trois multinationales du pétrole que les contrats post-Saddam seraient attribués à des entreprises américaines de préférence. Ce qui a fait frémir les compagnies russes, françaises et chinoises. Non seulement ni les Russes ni les Français ne pourraient bénéficier des revenus du pétrole irakien, mais ils ne sont même pas sûrs que le nouveau régime irakien assumera les dettes en armement. La “Pravda” rapporte explicitement l’accord entre Russes et Irakiens, pétrole contre protection: “Moscou a besoin d’être compensé pour son soutien à l’Irak. L’Irak est le centre des tensions entre Moscou et Washington”. Autrement dit, si Saddam disparaissait, les Russes n’auraient eu que les problèmes (aucun paiement des armes, pas de contrat de pétrole et détérioration des relations avec les Etats-Unis, dont ils ont besoin pour le développement de leur économie) et aucun des avantages, (comme les revenus du pétrole irakien). Les Russes préféreraient s’entendre avec les Etats-Unis, car Saddam n’est pas fiable. Les Français le pensent aussi: la compagnie Zarubezhneft a remporté un énorme contrat de 90 milliards de dollars, pourtant accordé à la compagnie française Total-Fina-Elf puis annulé, parce que les Français avaient appuyé entre-temps les sanctions contre l’Irak !

Ceci dit es tergiversations et le manque de crédibilité en affaires du régime de Saddam, indépendamment de toute considération d’éthique politique, exaspéré ses alliés. La Russie et la France, comme la Chine, auraient aimé avoir un partenaire irakien qui respecte sa signature. Mais ils n’ont pas voulu perdre l’avantage stratégique des contrats déjà signés avec Saddam car l’après Saddam semblait encore plus incertain. Pour obtenir l’appui des Russes, Français et Chinois au Conseil de sécurité, il était question de faire des concessions pétrolières dans un Irak post-Saddam. Peut être les concessions ont elles été insuffisantes...

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...

(1) Pierre Clastres, « Exercices d’anthropologie culturelle»
(2) Dollars & Sense.
(3) Lettre de Michaël Moore un réalisateur de cinéma américain ("Bowling for Colombine").
(4) Ahmed Chalabi in « l’Observer” du 3 novembre 2002 »

 

 
     

     
   
   


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